Bon voilà. Depuis plusieurs mois, je réfléchis à un film. Et comme j’aime souvent le faire, j’ai ressorti mon bon vieux stylo plume et un beau cahier tout neuf.
Ce n’est pas un film pensé pour “performer” sur les réseaux, pas une vidéo qui doit cocher des cases. Un film plus personnel, plus exigeant, et plus difficile à résumer en deux phrases. Pour l’instant, il porte un titre : Nous sommes. Et si j’en parle maintenant, c’est parce que je suis encore en train de l’écrire. Et comme il s’agit de “nous”, je me dis que ce n’est pas complètement absurde de le partager avec vous.
Je pars d’un constat très simple : on traverse une ville et on croise des centaines de personnes. On les voit, mais on ne les imagine pas vraiment. Qui sont-elles ? Que font-elles dans la vie ? Qu’est-ce qu’elles portent en elles ? Qu’est-ce qui leur arrive en ce moment ? On ne sait rien, et pourtant on partage le même espace, les mêmes rythmes, parfois les mêmes contraintes. Et sans nous en rendre compte, nous sommes liés.
Une ville tient debout grâce à une quantité de choses invisibles : des gestes, des routines, des gens qu’on ne remarque pas ou plus. Peut-être même parfois de personnes que l’on souhaite éviter. On se croise, on se frôle, on se rend parfois service sans y penser, on prépare peut-être même le cadre de vie des autres sans les connaître. Et malgré tout — ou peut-être grâce à ça — quelque chose de commun existe.
C’est ce “commun” que je veux filmer et révéler.
Ce que le film doit chercher à faire
Nous sommes ne cherche pas à montrer Dijon comme une carte postale. Dans mon esprit, c’est un film dijonnais, réalisé avec des Dijonnais : une œuvre locale par sa fabrication, exigeante par sa forme, et plus large dans ce qu’elle raconte.
Le film ne vient pas démontrer. Il vient faire ressentir.
Il ne vient pas expliquer Dijon. Il cherche plutôt à faire apparaître un “nous” : fragile, discret, mais réellement vivant.
L’objectif du film est triple :
- Révéler le lien humain. Montrer que, malgré les rythmes accélérés, les distances, les tensions contemporaines, le lien existe. Il se manifeste par des micro-gestes, des transmissions, des regards, des habitudes partagées.
- Valoriser Dijon par l’incarnation. Mettre en lumière la vitalité culturelle, sportive, associative et économique de la ville non par discours, mais par présence humaine : des gens, des métiers, des engagements, des routines.
- Provoquer une émotion et un questionnement. Créer un moment collectif capable de susciter un silence, une discussion, un regard renouvelé sur la ville, et une prise de conscience simple : “on vit ensemble”, même quand on l’oublie.
Une oeuvre hybride assumée
J'imagine un film d'une durée d'environ 10 minutes. Je rêve d’un 15 minutes mais… je vais essayer de rester réaliste. Il se situe volontairement ailleurs qu’un documentaire, qu’un clip promotionnel ou qu’un film institutionnel. C’est un objet hybride : une œuvre d’auteur ancrée dans un territoire, portée par une exigence de mise en scène et de direction d’image.
Certaines situations sont écrites, répétées, dirigées. D’autres sont des instants du quotidien captés sur le vif, dans une forme d’observation. Le film reste au plus près du réel, mais revendique une mise en scène : cadrage, rythme, circulation, lumière, son, musique, silences.
Il n’y a aucune voix off explicative. Et il n’y a aucune parole.
Tout passe par la musique, le son, les visages, les gestes, la lumière, et les regards.
Le film repose sur :
- la musique, qui structure réellement le récit (transitions, montées, ruptures, silences) ;
- les sons du quotidien, travaillés en sound design ;
- la lumière, qui raconte la journée ;
- le mouvement, qui donne le souffle ;
- et le silence, qui révèle.
Le récit : une journée, plusieurs trajectoires
Le film se déroule fictivement sur une journée, du lever au crépuscule. Il s’appuie sur quatre trajectoires. Elles ne sont pas choisies pour “représenter toute la ville” — ce serait impossible — mais parce qu’elles permettent de traverser des réalités différentes, des rythmes différents, et de faire apparaître des liens.
Je ne raconte pas une biographie. Je souhaite travailler par fragments : des gestes, des déplacements, des instants. Chaque trajectoire suit une logique simple : un état initial, une tension, une traversée, et une fin ouverte. Pas de morale, pas de résolution spectaculaire.
Autour d’eux, une constellation de visages compose le tissu humain du film. Les générations ne sont pas juxtaposées : elles se répondent. Je ne cherche pas l’illustration sociale. Je cherche la résonance — et une fierté collective, sans triomphalisme.
Un chef d'orchestre comme repère du temps
On arrive au moment où vous allez vous dire « mais…il est fou ». Car oui, comme je l’ai dit, c’est un film hybride, et je compte bien y apporter une bonne touche artistique.
Au sommet de la Tour Philippe le Bon, un chef d’orchestre incarne le passage du temps. Il ne parle pas. Il ne descend jamais dans la ville.
Il reste face au soleil, du matin au soir. Il accompagne la lumière qui tourne au rythme des musiques qui composent le film. La ville vit indépendamment de lui, mais il devient un point fixe face au mouvement : ses gestes dialoguent avec la musique, et il sert de repère dans une journée qui change.
Il n’est ni héros ni guide. Il donne une mesure. Il relie la journée.
Ce que je souhaite filmer : le réel, avec ses contrastes
Je ne cherche pas à faire un film “bisounours”. Je ne cherche pas à raconter une ville idéale, ni une version lissée du quotidien.
Le quotidien, c’est aussi la fatigue qu’on lit sur certains visages. Les fins de mois compliquées dont on ne parle pas. Les gens qui courent partout. Ceux qui s’isolent. Les tensions, l’impatience, l’indifférence parfois. Les moments où l’on se croise sans se voir. Les solitudes au milieu de la foule. Et cette impression, parfois, que chacun doit “tenir” de son côté.
Je veux rester dans le réel. Et d'une certaine façon, le révéler.
Mais je veux aussi montrer qu’au milieu de ce réel-là, il y a des moments simples qui comptent. Des moments qui donnent un peu d’air : une terrasse, un café, un rayon de soleil sur un banc, un rire qui éclate, un regard complice, une musique au coin d’une rue, une accolade brève, un sourire échangé.
Ces moments ne sont pas anecdotiques. Ils sont le cœur battant du film. Ils donnent au spectateur l’envie de se reconnaître, de se souvenir, de se sentir appartenir. Ils rendent les révélations plus fortes, parce qu’elles naissent d’un quotidien vivant.
Le film cherche cet équilibre : l’élan et la faille, la lumière et la solitude, le collectif et l’intime. Ce n’est pas un contraste fabriqué. C’est la réalité d’une ville et de ses vies.
Dijon comme corps vivant
Dijon n’est pas un simple décor. La ville est une matière : patrimoine, perspectives, façades, places, lignes contemporaines, mobilités — à pied, à vélo, en tram, en bus.
Il y a des plans iconiques assumés, mais ils ne deviennent jamais un catalogue. Le patrimoine est très souvent incarné : il s’inscrit dans une scène, dans un geste, dans une relation. L’ancien et le contemporain coexistent. La ville devient la preuve tangible d’un lien entre générations.
Le film montre aussi une ville en mouvement : flux, gestes répétitifs, corps qui traversent l’espace. Et au cœur de ce flux, des suspensions : des moments de distance, des regards qui ne se croisent pas. Le lien n’est pas évident. Il reste fragile.
Puis surgissent, rarement, les regards caméra. Courts, assumés. Ils ne disent rien, mais ils affirment : “Nous sommes là.”
L'intensité collective
Le film intègre des moments collectifs de la vie dijonnaise : sport, concerts, fêtes, soirées, bars, culture. Ces instants ne sont jamais filmés comme des “spectacles”. Ce qui m’intéresse, ce sont les foules, les visages, les expressions : les moments où la ville fait corps. Ce doit être le sommet énergétique du film.
Une fin ouverte
Le film ne cherche ni l’ovation ni l’euphorie. Il cherche un silence chargé de sens.
Après l’intensité collective, il y a une rupture. Un visage. Un regard.
Rien d’héroïque. Rien de spectaculaire. Juste l’humain et notre quotidien.
Et surtout : une fin ouverte. Le film ne donne pas de réponse. Il ouvre une réflexion sur ce que signifie vivre ensemble.
Au-delà de Dijon
À travers Dijon, Nous sommes parle d’une réalité plus large : les villes contemporaines, les générations qui coexistent, les trajectoires qui se croisent ou se manquent, et le lien fragile mais réel qui nous relie.
Un spectateur extérieur doit pouvoir se reconnaître dans Dijon. Parce que ce film ne parle pas uniquement d’un lieu. Il parle de ce que nous partageons, dans toutes les villes.
Financement ?
Et il y a une question très concrète, que je préfère formuler clairement : le financement.
Un film comme celui-ci demande des moyens. Du temps, de la disponibilité, une vraie production, une rigueur de tournage et de montage. À ce stade, je ne sais pas encore précisément comment je vais le financer. Disons que je regarde les options.
Le film reste une œuvre d’auteur : il n’intègre ni placement de produit, ni message publicitaire, ni intervention sur le contenu éditorial. Ouais… pas simple du coup !
Diffusion : faire exister le film avant même sa sortie
Je ne pense pas le film comme un contenu qui apparaîtrait soudainement dans un fil d’actualité. Je le pense comme une œuvre collective, progressive, inscrite dans le temps.
L’idée pourrait être de mettre en place :
- un site dédié avant même le lancement du tournage : point d’information, note d’intention, appel à participation, journal de bord, partenaires ;
- une communication mesurée sur les réseaux : fragments de tournage, atmosphère, teasers, bande-annonce, récit de fabrication ;
- et surtout, une première rencontre en salle à Dijon, suivie d’un temps d’échange. Un film qui parle du “nous” a besoin d’être vécu ensemble avant d’être consommé seul sur un écran.
Ensuite, dans un second temps, le film pourrait être mis en ligne sur le site dédié et diffusé plus largement.
Et maintenant ?
Le projet est en cours d’écriture, donc il bouge encore... Même beaucoup. Mais l’intention est claire.
Et j’ai envie de vous demander quelque chose de simple, parce que ce film parle justement de “nous” :
- Quand je dis “un film sur le lien invisible qui nous relie”, qu’est-ce que ça vous évoque concrètement ?
- Et à Dijon, quels sont les lieux, les gestes, les moments qui vous donnent ce sentiment de “nous” ?
Je prends vos retours. Vraiment. Parce que ce film, je ne le pense pas comme un objet à publier. Je le pense comme un projet à construire, à partager, et à vivre ensemble.






