Il y a des images qu’on ne programme pas. On les sent venir.
Ce film de paysage est né comme ça, pendant des vacances en famille à Portbail-sur-Mer, en Normandie. Un lieu que je fréquente régulièrement, que j’aime profondément… et que je pensais connaître.
Ce soir-là, j’ai compris que - finalement - je ne le connaissais peut-être pas tant que ça.
Un lieu repéré depuis quelques années
L’endroit précis où j’ai filmé ce coucher de soleil, je l’avais en tête depuis longtemps.
Un espace sauvage, ouvert. Je l’avais repéré, observé de loin, imaginé sous différentes lumières. Mais je n’avais jamais pris la décision d’y aller.
Et puis un jour, tout s’aligne :
- météo parfaitement dégagée
-
lumière prometteuse
Je me suis dit : c’est maintenant ou jamais.
“Ce soir, je dois aller filmer”
En vacances, je voyage léger. Pas de setup complet. Vous savez probablement ce que c'est, les valises des enfants... ça prend une place conséquente dans le coffre de la voiture !
Seulement :
-
ma caméra
-
mon drone
Rien d’autre.
Je préviens ma famille :
“Désolé, ce soir je dois aller filmer.”
Je pars suffisamment tôt pour anticiper la lumière. Sans plan précis. Sans storyboard. Juste avec l’intuition que quelque chose va se passer.
Improviser un film de paysage
Sur place, le décor dépasse mes attentes.
La mer est monte doucement. C'était annoncé. La lumière glisse sur les herbes sauvages. Le ciel commence lentement à se transformer.
Et puis… des lapins. Partout. Des dizaines, peut-être des centaines.
Je filme à la caméra, je fais décoller le drone, je change d’angle, je me déplace, je recommence. J’improvise entièrement.
Filmer un paysage, ce n’est pas simplement montrer un décor. C’est chercher son rythme. Son souffle et un certain équilibre.
Certaines images sont réussies. D’autres sont manquées. Mais dans ce genre de moment, on ne contrôle rien. On accompagne la lumière jusqu’au bout et surtout, dans ces conditions, en allant vite !
Je continue jusqu’à la nuit tombée.
La nuit et... l’imprévu
Et là, l’erreur.
En cherchant toujours un angle plus loin, un cadre plus ouvert, je me suis aventuré bien au-delà de mon point de départ.
La nuit tombe rapidement et tous mes repères disparaissent avec elle.
Je me suis réellement perdu.
Il m’a fallu plus d’une heure pour retrouver mon chemin, en longeant la côte dans le noir, avançant parfois plus loin encore avant de comprendre que je devais changer de direction.
Je suis rentré vers 22h.
Fatigué. Mais avec la sensation d’avoir capturé quelque chose d’unique ou en tout cas, de précieux.
Monter dans la foulée
Sur le chemin du retour, j’avais déjà la musique en tête. Je suis rentré, j’ai déchargé les images et j’ai commencé le montage immédiatement. Le film s’est construit dans la nuit, presque instinctivement.
Je l’ai publié le lendemain.
Un film qui continue de vivre
Ce qui m’a surpris, ce n’est pas seulement l’accueil sur les réseaux. C’est ce qui a suivi.
Aujourd’hui encore, dans le village, on m’en parle régulièrement.
Comme si ce film de paysage avait capturé un moment que beaucoup reconnaissent sans forcément l’avoir vécu de cette manière.
Peut-être parce qu’il ne montre pas seulement un coucher de soleil.
Il montre un instant suspendu. Une lumière et une sensation.
Ce que je retiens
Ce projet était improvisé. Personnel. Spontané et absolument pas stratégique. Je voulais simplement me faire plaisir.
Mais il m’a rappelé une chose essentielle :
un film de paysage ne naît pas uniquement d’une préparation technique.
Il naît d’un moment. D’une intuition. Et parfois d’une décision simple : y aller.
Même si cela se termine par une heure perdue dans la nuit.






