Je suis né à Dijon, j’ai grandi à Dijon… et il faut bien l’admettre, je commence aussi à y vieillir. Bref, Dijon est incontestablement lié à qui je suis. Je suis profondément attaché à cette ville. Pas de façon abstraite. De manière quotidienne… si je puis dire. Concrète. Intime, d’une certaine manière.
Depuis que je fais de l’image, j’avais en tête de réaliser un film sur Dijon. Pas un film touristique. Pas une vidéo promotionnelle. Quelque chose de plus simple. Et à la fois de nettement plus personnel. Mais l’idée restait floue. Raconter quoi ? Raconter qui ? Comment ? Du reste, c’est un projet qui est resté au fond d’un tiroir un certain temps.
Et puis un jour, tout s’est éclairci.
Le déclic : une musique, un rythme, une journée
Dans mon métier, la musique tient une place importante.
J’écoute beaucoup, je cherche, je constitue une bibliothèque de morceaux qui m’inspirent. Et un jour, je suis tombé sur la musique.
Un morceau qui commence doucement, presque en retenue, puis qui monte progressivement, qui s’ouvre, qui s’anime. En l’écoutant, j’ai immédiatement imaginé une journée.
On se réveille.
La ville est encore calme.
Puis elle s’éveille.
On sort. On travaille. On se croise. On vit.
L’idée était là : je raconterais une journée à Dijon.
Un film pour les Dijonnais, avant tout
Je ne voulais pas faire un film narratif sophistiqué. Pas de voix off. Pas de texte. Pas d’explication. Juste de la musique et des images.
Ce film, je le destinais d’abord aux Dijonnais. Je voulais que chacun puisse se reconnaître à un moment. Un lieu familier. Un geste. Un sourire. Un détail. Les images sont simples. C’est le quotidien. Mais c’est notre quotidien.
Écrire la ville
J’ai commencé par écrire. Lister ce qui caractérise Dijon :
-
Son patrimoine
-
Son histoire
-
Ses lieux emblématiques
-
Le tram
-
Le manège
-
Les terrasses
-
Les rues qu’on traverse sans y penser
Mais très vite, j’ai compris que filmer des lieux ne suffirait pas. Il me fallait de l’humain. Des commerçants. Des indépendants. Des artistes. Des sportifs. Et forcément, aussi des « anonymes ».
J’ai commencé à contacter des personnes :
“Je fais un film sur Dijon. J’ai besoin de quelqu’un qui court au parc Darcy. Tu es partant ?”
Chaque “oui” était une petite victoire.
Un mois à marcher dans Dijon
Le film n’a évidemment pas été tourné en une journée. Pendant un mois, j’ai sillonné Dijon à pied.
Toujours à pied.
Parce qu’à pied, on remarque des choses qu’on ne voit pas autrement. J’ai probablement parcouru des kilomètres, sac et matériel sur le dos. J’ai accumulé plus de quatre heures d’images.
J’ai fait voler mon drone dans des endroits qui me faisaient rêver depuis longtemps. J’ai filmé le centre-ville presque exclusivement, non pas par rejet du reste, mais parce que c’est le point de convergence. L’endroit où toute la ville peut se retrouver.
Et puis, au risque de me répéter… je fais tout à pied.
Les doutes
Très vite, je me suis retrouvé face à un paradoxe. J’avais beaucoup d’images. Et en même temps, jamais assez. J’avais toujours l’impression qu’il manquait quelqu’un. Une rue. Une terrasse. Un détail qui allait faire toute la déffirence.
Finalement, le projet aurait pu devenir interminable. J’ai dû faire un choix… Enfin, des choix. Assumer un style contemplatif. Observer. Écouter. Laisser la musique porter le rythme.
Le film dure 6 minutes et 24 secondes. À l’heure des vidéos de 15 secondes, c’est presque un acte de résistance (Oui, j’exagère un peu). Mais à l’heure des réseaux sociaux, disons-le, c’est un film à contre-courant.
Un film à contre-courant
Publier un film de plus de six minutes directement sur les réseaux sociaux, c’était un pari.
Je savais très bien que les algorithmes n’y seraient absolument pas favorables. Je savais que certains – aussi – trouveraient ça trop long. En réalité, je ne l’ai pas fait pour les vues. Je l’ai fait parce que j’avais envie de m’exprimer.
D’une certaine manière, ce film est aussi une réponse silencieuse aux critiques permanentes que l’on peut lire sur les réseaux à propos de notre ville.
Non, Dijon n’est pas parfaite. Il y aura toujours quelque chose à redire. Mais c’est comme ça qu’elle avance, qu’elle évolue. Et puis, quoi qu’on en pense, Dijon est belle.
Elle a de la vie, des espaces, des moments auxquels chacun peut s’identifier…
Je me suis peut-être, inconsciemment, positionné comme l’avocat (Oui, j’exagère encore un peu) d’une majorité silencieuse qui aime et respecte sincèrement sa ville.
La publication… et les réactions
Lorsque j’ai publié le film, je n’étais pas inquiet de son succès. En réalité, même si – naturellement – je l’espérais, j’étais déjà surtout satisfait de ce que j’avais réussi à créer avec les Dijonnais de ce film. Ce qui m’inquiétait, c’était autre chose.
Qu’on me reproche d’en avoir trop fait. D’avoir surinterprété. D’avoir idéalisé. Les retours ont été à l’opposé de mes craintes.
Plus de 70 000 vues sur Facebook.
Plus de 500 partages.
À l’échelle d’une ville de 155 000 habitants, c’est significatif. La maire et plusieurs élus de Dijon ont partagé la vidéo. Et surtout, j’ai reçu des dizaines de messages :
“Vous nous avez transmis l’émotion.”
“Quel bel hommage à Dijon.”
“Votre vision retranscrit parfaitement l’attachement des habitants.”
C’est probablement cela qui m’a le plus touché. Car j’ai réussi à transmettre une émotion sincère et une fierté simple.
Ce que ce film représente pour moi
“Une journée” est un projet personnel. Réalisé seul. Sans budget. Sans équipe. Enfin si. Mon équipe était probablement la plus grande que je n’aurai jamais : les Dijonnaises et les Dijonnais.
À titre personnel, il représente beaucoup. Il dit ma manière de regarder une ville. Ma manière de raconter sans expliquer. Ma manière de mettre l’humain au centre.
Ce film sur Dijon n’est pas une vidéo promotionnelle. C’est un regard. Et quelque part, c’est aussi ma vision du monde : ralentir, observer, valoriser ce qui nous entoure. Mais au-delà de tout ça, j’en garde des souvenirs incroyables.
Des souvenirs un peu comme ceux que l’on garde après de belles vacances. Ce n’était pas un projet reposant, loin de là. Marcher des kilomètres, porter le matériel, organiser les tournages, monter pendant des heures… c’était exigeant.
Et pourtant, c’était profondément enrichissant. Pendant un mois, j’ai eu l’impression de redécouvrir ma propre ville. De la voir autrement. De m’y attarder vraiment.
J’ai fait de belles rencontres. Ce film m’a permis de ralentir dans un quotidien souvent rapide. De regarder ce que je pensais déjà connaître. Et de comprendre que même chez soi, on peut encore (et souvent) être surpris.
Raconter un territoire autrement
Si ce film a fonctionné, ce n’est pas parce qu’il était spectaculaire. Je crois que c’est parce qu’il était sincère.
Raconter un territoire ne consiste pas seulement à montrer ses monuments. Il s’agit de capter son rythme, ses gestes, ses visages et ses lieux qui rassemblent.
Aujourd’hui, je reste convaincu que l’humain, l’émotion et l’authenticité sont les leviers les plus puissants. Que les histoires les plus fortes et les plus belles, sont celles qui partent du réel.
“Une journée” était un film pour Dijon, avec Dijon.



